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Ive Tsopgue Ngoufack
Journaliste pigiste
Douala (237)
Déposé le 11/08/2014 à 10h52
Synopsis n° 214
 Support : Presse
 Durée : 15 Jours
 Quantité : 4820 caractères
« logements sociaux: Le calvaire des camps Sic »
Logements sociaux: Le calvaire des Camps Sic Camp Sic Bonamoussadi, ce dimanche 10 août 2014, il est presque 15 heures. François, la quarantaine sonnée, jeune cadre dans une structure micro finance à Douala, a rendez-vous avec Jules T, un fonctionnaire qui occupe depuis 25 ans un appartement de 3 pièces dans l’un de ces immeubles appartenant à la Société immobilière du Cameroun(Sic). Jules T est, depuis le mois de janvier 2014 appelé à faire valoir ses droits à la retraite. Mais avant, Le sexagénaire a pris la peine de se construire une maison du côté de pk14, maintenant il envisage de libérer son appartement du camp sic. Toutefois, il n’entend pas remettre les clés chez son bailleur dont les bureaux sont situés à un jet de pierre. Il va faire des affaires avec François. Une sorte de partenariat gagnant-gagnant qui permettra à Jules de céder son appartement à 80 000 francs Cfa contre les 35 000 qu’il a toujours versés à la Sic. François pourra ainsi intégrer ledit appartement sans toutefois souffrir de se soumettre à la longue procédure, parfois à l’issue incertaine, qu’impose la Sic à ses potentiels clients. Mais en attendant de conclure ce marché de gré à gré avec Jules, François a le temps de faire le tour de la cité pour se faire une idée du calvaire qui l’attend. De fait, que l’on habite les camps Sic de Bonamoussadi ou de kotto à Douala, ou encore ceux de la Cité verte Nlongkak, Mendong à Yaoundé, la galère est la même. C’est d’abord l’état de la peinture des bâtiments qui accueille le visiteur. Jadis de couleur jaune, ces bâtiments sont désormais couverts de crasse. Les résidents se souviennent à peine de la dernière fois où la Sic a effectué des travaux d’entretien sur les murs défraichis. « Dans le contrat qui nous lie à la Sic il est mentionnée que c’est l’entreprise qui doit entretenir la cité. Quand les blancs gérait encore la Sic les choses étaient assez bien. Mais depuis que les Camerounais sont aux commandes, on a l’impression que les camps sic son abandonnés aux locataires », s’indigne Mariane qui vit depuis bientôt 30 ans avec sa famille à la cité-verte. C’est en effet au début des années 90 que les camps Sic ont entamé leur descente aux enfers. « La Sic n’a pas les moyens pour régler tous ses problèmes.», telle est l’excuse qui revient le plus souvent des responsables de l’entreprise. Eclairage public défectueux, fosses sceptiques non vidangés, avec pour corollaire l’écoulement des eaux puantes dans la cité, rationnement de la desserte en eau potable, accumulation des déchets ménagers, immeubles envahis par des touffes d’herbes devenus des repères pour les rats et les serpents, canalisations bouchées, avec fuites d’eau perceptibles sur les mûrs, sont les maux sont les maux qui rythment le quotidien dans les camps Sic. Mais à côté de ces manquements contractuels, les locataires doivent affronter une insécurité de plus en plus grandissante. «Dès 19 heures, impossible de se pavaner dans les ruelles de la cité sans courir le risque de se faire agresser.» L’obscurité a, en effet, favoriser la présence des hors-la-loi qui n’hésitent même plus à s’en prendre aux jeunes filles qui trainent parfois sur les bancs publics, pour les violer. Les locataires multiplient les plaintes contre leur bailleur pour non respect de ses engagements contractuels, mais ce dernier refuse d’endosser, seul, la responsabilité de la décrépitude de son patrimoine. « Nous désherbons. Nous avons des agents à cet effet. Mais les locataires ne veulent pas entendre qu’ils peuvent aussi tenir la machette ou le balai.», confie une source à la Sic. « Et parfois lorsque nous entamons ce travail à Biyem-Assi, durant cette saison des pluies, on n’aura même pas encore fait le tour des sept camps Sic de la ville, que le premier est déjà envahi d’herbes.», poursuit-elle en indiquant que « Les femmes sont en grande partie responsables de l’obstruction de ces tuyaux. Car lors des vidanges, la majorité des déchets est composée de leurs serviettes hygiéniques. Viennent ensuite les serpillères et les ordures ménagères. Comment peut-on jeter tous ces objets dans les W-C et se plaindre lorsqu’ils sont bouchés ?» Créée en 1952, la Sic avait pour objectif de construire entre 100 et 170 logements par an selon un contrait de performance signé ave l’Etat. Le but visé était de mettre à la disposition du camerounais moyen, en l’occurrence les fonctionnaires, un logement décent à moindre coût. Ce cahier de charges à été respecté par la Sic jusqu'en 1977, avec même une accélération au cours des années 80 et 90. C’est ainsi que la Sic disposait de près de 9000 logements dans les villes de Yaoundé, Douala, Garoua, Maroua, Ebolowa et Bertoua. « Soit un investissement global de plus de 45 milliards Fcfa, selon le rapport final du "plan d'action urbanisme-habitat" commandé en mars 1993 par le ministère de l'Urbanisme et de l'Habitat (Minuh) de l'époque », indique notre confrère le quotidien Mutations. Mais depuis le départ des expatriés, le cafouillage s’est installé dans la gestion du patrimoine de l’entreprise. Entre contrats de location-vente et vente des logements dans le noir, la Sic ploie désormais sous le poids d’une maffia politico administrative qui n’a rien fait pour ménager la poule aux œufs d’or ou renforcer la patrimoine de l’entreprise. Aujourd’hui, la Sic disposerait d’environ 6000 logements locatifs livrés aux intempéries, à l’indolence ou à l’incivisme des occupants. Mais ils n’en demeurent pas moins courtisés, dans un contexte marqué par la crise du logement. A l’instar de François, de nombreux camerounais justifiant des revenus au dessus de la moyenne se bousculent aux portes de la Sic, en espérant trouver le bon réseau qui leur permettra de vivre aussi ce martyr qui est fatalement incontournable.

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