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Santi Laurent
Journaliste pigiste
MARSEILLE (13005)
Déposé le 28/09/2012 à 18h08
Synopsis n° 78
 Support : Web
 Catégories :  Médias/Presse
 Durée : 2 Heures
 Quantité : 2700 caractères
« Le Petit Journal : capsule bobo parisienne ? »
Depuis 2004, Le Petit Journal est l'un des programmes phares de Canal +, notamment grâce à son présentateur, Yann Barthès, désormais indéboulonnable coqueluche du Tout-Paris médiatique. Pourtant, si l'on se penche ne serait-ce qu'un petit peu (je ne peux pas me pencher beaucoup, pour ne pas faire tomber mes lunettes) sur le principe de l'émission, il est aisé de se rendre compte immédiatement de ses limites : le mélange d'humour et d'information est bancal, car il est très dur d'exceller dans les deux. Ce n'est pas pour rien qu'il y a les humoristes d'un côté et les journalistes de l'autre. Un journaliste-humoriste me fait le même effet qu'un dentiste-catcheur : j'ai tendance à me méfier. L'autre problème majeur de l'émission, c'est sa façon de présenter les montages (pratique de l'accélération des images, répétition des mots, etc... ). Si ce type de montage a pour but de démonter le système des mass-média, il tombe dans le même écueil. En trafiquant des images déjà trafiquées, Le Petit Journal ne peut que tomber dans la caricature de ce qu'il entend caricaturer. De nombreux journalistes, notamment ceux d'Arrêt Sur Images, montrent du doigt les manipulations de Barthès et de son équipe (montages trompeurs, interprétations approximatives de propos sortis de leur contexte, etc...). Mais il y autre chose qui gêne dans Le Petit Journal : sa tête d'affiche, Yann Barthès, qui, en s'attaquant mollement aux sujets de société qui méritent d'être attaqués de front, a fini par inventer un nouveau métier : enfonceur de portes ouvertes. A l'aise dans sa posture de trentenaire détendu bon chic bon genre et dans son faux cynisme qui montre bien qu'il a mal lu Desproges, Barthès est devenu l'idole des étudiants branchés, comme une sorte de Jean Roucas pour étudiantes en communication. Avec son ton jeuniste et faussement subversif en réalité au service de la vieillesse de l'État, Barthès manie la langue de bois là où normalement il devrait montrer les crocs. Quand on regarde Le Petit Journal, on n'apprend rien, on ne réfléchit à rien. C'est aussi vide que Secret Story, la posture « bobo » en plus. Après l'émission, aucune réflexion, juste un petit « blop blop » qui me résonne dans le crâne. Pour conclure, le plus gênant finalement avec Le Petit Journal, c'est que les journalistes sont plus occupés à se mettre en scène eux-mêmes qu'à s'intéresser à leur sujet. Cette auto-congratulation permanente les empêche de faire un véritable travail de journalisme d'investigation. Ce dernier est censé mettre le doigt là où ça fait mal, alors que Yann Barthès se contente d'y mettre la langue.

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